La lévothyroxine est une hormone sécrétée par la thyroïde qui influe sur très nombreux mécanismes biologiques. En cas de dysfonctionnement c’est tout le corps qui est affecté.

Quand la thyroïde ne sécrète pas assez d’hormone (hypothyroïdie), l'organisme tourne au ralenti. Les principaux symptômes constatés sont fatigue, frilosité, difficultés de réflexion, de mémorisation. Si la thyroïde produit trop de lévothyroxine (hyperthyroïdie), le métabolisme est en surchauffe : le cœur bat plus vite, on respire plus vite, la digestion se dérègle (entraînant parfois des diarrhées), on peut être pris de tremblements, et des troubles de l’humeur plus ou moins importants peuvent apparaitre.

Les comprimés de Lévothyrox® des laboratoires Merck permettent de disposer de l’hormone lévothyroxine en sept dosages différents. Pour de très nombreux patients, la prise quotidienne de ce médicament est vitale. Ils ne peuvent pas vivre sans.

A la demande de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) la composition des excipients (les produits rajoutés au principe actif) a été modifiée notamment pour supprimer le lactose.

Cette nouvelle formule a été mise sur le marché à partir du printemps 2017.

Après une période d’incertitudes sur les causes de leurs troubles, les malades se sont plaints auprès de leur médecin traitant ou de leur pharmacien. Il est très vite apparu que la prise de la nouvelle formule du LÉVOTHYROX® entrainait des effets secondaires aussi inhabituels qu’intolérables : perte de cheveux, insomnie, Vertiges, fatigue intense, maux de tête, prise de poids, problèmes digestifs allant jusqu’à des cas d’AVC.

Personne -et surtout pas le laboratoire MERCK - n’avait pris la peine de les informer du changement de formule du médicament.

Lorsque l’information commence à circuler, en plein mois d’août, beaucoup de malades sont placés devant le choix angoissant de prendre un médicament qui présente des effets secondaires rendant la vie impossible ou de mettre leur vie en danger en cessant de le prendre.

Certains essayent de se procurer l’ancienne formule à l’étranger, d’autres d’obtenir l’équivalent soluble. Mais les pharmaciens ont pour instruction d’en refuser la vente aux adultes.

Or, l'article R. 5121-149 du Code de la santé publique indique la nécessité pour le responsable de la mise sur le marché du médicament d'indiquer les « effets indésirables pouvant être observés lors de l'usage normal du médicament ou du produit et, le cas échéant, la conduite à tenir, ainsi qu'une invitation expresse pour le patient à communiquer à son médecin ou à son pharmacien tout effet indésirable qui ne serait pas mentionné dans la notice ».

En application de la législation sur la responsabilité d’un fabriquant pour les produits défectueux, l’Art. 1245-3 du Code civil(anciennement 1386-4) dispose que  « Un produit est défectueux au sens du présent chapitre lorsqu'il n'offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre. Dans l'appréciation de la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre, il doit être tenu compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l'usage qui peut en être raisonnablement attendu et du moment de sa mise en circulation.

Une jurisprudence constante et répétée combine ces deux textes pour condamner le fabriquant qui ne prend pas la peine d’informer les malades des risques résultant de la prise de médicament (Cass., 1re civ., 24 janv. 2006, no 02-16.648 , CA Versailles, 25 juin 1992, Thuillier c./ Sté labo nativelle et a., Gaz. Pal. 1993, somm., p. 59 : la Cour a indiqué « qu'au regard des données acquises de la science en 1985, les précautions d'emploi figurant sur la notice du médicament étaient tout à fait insuffisantes ». Cour de cassation, 1ère Chambre civile, Arrêt nº 919 du 6 octobre 2011, Pourvoi nº 10-21.709)

C’est donc un procès civil en responsabilité contre les laboratoires MERCK qui sera intenté.